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[Dossier] LA FUSION !
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barbapopo
Fantomaths


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MessagePosté le: Sam 27 Juin 2009 13:13    Sujet du message: [Dossier] LA FUSION ! Répondre en citant

Voilà, j’avais ce topo qui traînait depuis longtemps dans mes cartons. Vacances oblige, je me suis forcé à le mettre au propre – et je dois dire, avant toute chose, que je me suis plutôt bien amusé !

Il est long, aussi vais-je le découper en six parties de taille variable. J’en posterai une tous les deux ou trois jours – histoire de vous faire un peu de lecture cet été, à la manière des feuilletons dans Picsou Magazine...
En voici le sommaire :

82-85
86-87
88-91
92-93
94-00
00-09

Dernière chose : j’ai conçu ce « dossier » comme un calendrier de l’avent. C’est-à-dire que j’y ai collé le maximum de liens que je pouvais (derrière les photos, les noms de groupes, les chansons, etc…), que ce soit vers des clips, du live, des documents, ou des albums entiers sur Deezer...

Donc : n’hésitez pas à balader votre souris n’importe où, texte comme image, et à « tester » certains liens !

Dans le même genre : vous pouvez bien sûr réagir entre chacun de mes « gros » posts. Ça me fera plaisir, d’une part ; et les éventuelles découvertes que vous ferez m’intéressent également !

Voili-voilou ; alors… ahem… lançons-nous.

------------------------------------------------------------


Un petit point de vocabulaire pour commencer : pas question d’aborder ici les sphères du jazz-rock appelées « fusion », galaxie desquelles je ne connais rien, et qui n’ont qu’un lointain rapport avec le schmilblick qui va suivre.

Fusion : le terme est large et, si l’on veut vraiment couper les dreads en quatre, il serait facile de l’étendre à la musique tout entière. Oui, Led Zep a fusionné tout un bric-à-brac, de même que Jimi Hendrix, les Beatles, et la pléiade les ayant précédés.
Pourtant, personne n’a jamais étiqueté ces monstres « fusion ».

On ne va donc pas tourner autour du pot : j’entends par fusion cette branche consanguine et dégénérée de la famille rock, puis métal, qu’on a successivement appelée rap-métal (mais c’était trop restrictif), hardcore (mais ça n’avait rien à voir) ou crossover (littéralement : « qui traverse les barrières » - et ça, j’aime bien.)

Commençons donc par le commencement, au début des années 80.

C’est l’histoire d’une rencontre…


Dernière édition par barbapopo le Mer 08 Juil 2009 10:10; édité 6 fois
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barbapopo
Fantomaths


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MessagePosté le: Sam 27 Juin 2009 13:18    Sujet du message: Répondre en citant

82-85 : « Crachin léger précédant l’aurore… »

A tout seigneur tout honneur, faisons d’abord le tour des précurseurs, des « grands anciens » : quelques bandes de jeunes branleurs à l’époque, mais qui sont aujourd’hui révérés comme les maîtres du genre.

La fusion, dans sa préhistoire, est intimement liée au punk, probablement par le truchement de la vague ska (78), dont le cahier des charges est fusionnesque par essence (« mélanger du punk au reggae », en gros). On cite souvent les Bad Brains comme référence : combo déjanté de Washington, précurseur des all-black bands qui fleuriront plus tard, ces quatre brutes de technique délaissent en 77 les rivages du jazz (et même du jazz-fusion, tiens, tiens tiens…) pour s’adonner à un punk virtuose entrecoupé de reggae. La première vraie décharge a lieu en 82 avec l’album éponyme - repris un an plus tard par le fondateur Rock For Light. À l’écoute de l’album, on pourra saluer l’énergie du groupe, le délire général, et la technicité certaine de ses membres (fait plutôt rare dans le punk) ; pour le reste, il s’agit moins d’une fusion que d’une alternance de patates très raw et de longs morceaux de reggae, le tout à la gloire d’un certain jah rastafaraï. Histoire de donner un aperçu : sur vingt titres au total, seize sont dans la veine d’un Right brigade, et les quatre autres ressemblent à I and I Survive. On l’aura compris : un album pour les die-hards only...



Quatre blacks, un concert : deux possibilités.



Autre all-black band, mais de la côte ouest cette fois : les fous-furieux de Fishbone (formé en 79 à Los Angeles) fourbissent leurs armes, et font doucement monter la pression. Bientôt précédés par une réputation de « groupe de live ultime » (réputation qui les suivra tout au long de leur carrière), le groupe délivre son premier EP éponyme en 85. Le propos est cependant bien plus soft que chez les Bad Brains, même s’il est tout aussi patatoresque : on navigue davantage dans un ska-pop extraterrestre, enjolivé aux cuivres, nappé de synthés bien acidulés, et propulsé par la voix d’or d’Angelo Moore. Rien à voir, donc, avec le ravagé H.R. des Bad Brains : beaucoup plus d’insouciance, de sunshine, et une palette d’ambiances déjà bien plus colorée. La fusion n’est pas loin, même si elle n’est jamais réalisée à l’intérieur d’un seul titre. On pourra s’écouter à la suite Party At ground Zero et Modern Industry pour comprendre à quel point, dès sa naissance, le groupe s’avère insaisissable, original et… déconcertant.



"Fishbone m'a montré ce que voulait dire "faire de la musique". Ils ont fait partie de mes 20 ans de carrière, à chaque moment. Merci pour l'avoir fait aussi bien."Tim Alexander



Restons à Los Angeles, mais passons maintenant du côté des blancs-becs : il faut en effet, bon-an mal-an, parler des autres précurseurs du genre, les agaçants mais talentueux Red Hot Chili Peppers. A l’époque de leur formation (83), Flea et Kiedis sont déjà les piliers du groupe : mais le line-up connaît par la suite quelques années de tourmente, et verra passer puis revenir Jack Irons (futur Eleven et Pearl Jam) ainsi que le « mentor » Hillel Slovak. L’éponyme et oublié premier album sort en 84 (on peut se l’infliger ici), suivi de près par Freaky Styley (85) : on patauge alors dans une funk-pop sympathique, musclée au slap, cuivrée à l’occasion, et dont les incursions rock préfigurent la fusion débridée des années d’or. La production reste en revanche assez lourdingue, et même les remasters de 2003 auront du mal faire bander des compos telles que Jungle Man ou American Ghost Dance.



L’un des premiers line-up des Red Hot. A droite, Jack Irons puis feu Hillel Slovak.



Mais laissons de côté l’ambiance funkouille et les chansons « cool ». Un peu plus au nord, à San-Francisco, un obscur bouquet de personnalités nommé Faith No Man a sorti une cassette deux-titres en 82 ; puis, renommé Faith No More, un premier album étonnant et froid baptisé We Care A Lot, qui atterrit dans les bacs en 85. Enfin, dans « les » bacs… au moins dans quelques vieux cartons de disquaires. Car (malgré une salade de styles, l’hymne glacial We Care A Lot, une originalité stupéfiante sur tous les titres, et la fusion déjà maîtrisée des guitares trash sous des nappes de synthés new-wave), le groupe est loin d’écouler son disque par palettes, et c’est peu dire qu’il reste « au chaud » dans l’underground san-franciscain. La gloire viendra plus tard, même si le talent répond déjà présent.


Après Wade Worthington et Courtney Love, voici Faith No More avec Chuck Moseley (à terre).

Dans la série « underground de chez underground », impossible également de passer sous silence l’existence des Cardiacs, combo british de progressive-punk (oui-oui, le pronk), qui – au même titre que le papa Zappa – influencera toute la vague des « groupes à collages » qui suivra.

Mais pour l’heure, que la musique soit cool, froide, sunshine ou énervée, le déclic ne vient pas - et, aussi bons soient-ils, aucun de ces groupes ne soulève les foules… ni d’ailleurs l’intérêt de la presse. L’heure est au thrash pour le métal et, dans les radios généralistes, à la new wave. Il faudra attendre que deux pointures s’y collent pour que le style, enfin révélé, nous éclate au visage…



Les albums à retenir



Dernière édition par barbapopo le Mar 30 Juin 2009 23:35; édité 2 fois
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Oni²
Onishuggah


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MessagePosté le: Sam 27 Juin 2009 13:32    Sujet du message: Répondre en citant



lol

Désolé, c'était plus fort que moi

Sinon, très content de découvrir l'historique du genre, qui s'annonce très détaillé :kiss:

Merci Popo Wink
_________________
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Toto Duchnok
Punkari No Electrotoro


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MessagePosté le: Sam 27 Juin 2009 13:43    Sujet du message: Répondre en citant

Ca commence pas mal tout ça ! En plus, situer les racines de la fusion à proximité d'un punk aventureux n'est pas pour me déplaire.
A l'époque où j'ai découvert les Bad Brains, j'écoutais aussi beaucoup leurs contemporains Hüsker Dü dont je trouve l'esprit assez proche, et qui ont aussi fusionné beaucoup d'influences, sans toutefois s'approcher beaucoup du reggae/ska. Maintenant, malgré la proximité de leur son, ceux-ci sont plutôt crédités comme une influence majeure de la scène grunge...
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Guiomzappa
Grand Wazoo Keeper


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MessagePosté le: Sam 27 Juin 2009 15:46    Sujet du message: Répondre en citant

Vraiment chouette début de topo. Je te tire mon chapeau, Popo. C'est fluide à lire et bien documenté (beau travail sur les liens).

Vivement la suite.
_________________
...Music is the Best!

Conceptual Continuity in the Calembour
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sebrouxx
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MessagePosté le: Sam 27 Juin 2009 15:59    Sujet du message: Répondre en citant

Guiomzappa a écrit:
Vraiment chouette début de topo. Je te tire mon chapeau, Popo. C'est fluide à lire et bien documenté (beau travail sur les liens).

Vivement la suite.


You make my day, Popo. R E S P E K T.
Du bon taf bien détaillé. Vivement la suite comme les ex-après-midi de FR3 en juillet-août.
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barbapopo
Fantomaths


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MessagePosté le: Sam 27 Juin 2009 18:48    Sujet du message: Répondre en citant

Merci à tous !

J'espère que vous avez trouvé des petits trucs rigolos ou intéressants dans quelques liens ; personnellement, je me suis régalé (surtout avec Fishbone) !
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dj pierrot
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MessagePosté le: Sam 27 Juin 2009 22:19    Sujet du message: Répondre en citant

Très beau boulot, Popo ! J'ai pris le temps de lire et de cliquer sur la plupart des liens, histoire de me rendre moins con (je connais rien de ce genre à part 2 albums de FTM).

Je vais pas te cacher que ça a pas trop l'air ma came, mais ce genre de topo pour se situer dans un genre musical, c'est vraiment le pied pour découvrir des groupes !

Cardiacs est vraiment déjanté (putain le clip... et ce rythme saccadé...). J'aime bien mine de rien ^^

EDIT : Cardiacs, pas Carcass :D
_________________


http://www.myspace.com/onehalfmonad


Dernière édition par dj pierrot le Dim 28 Juin 2009 11:08; édité 1 fois
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kal



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MessagePosté le: Sam 27 Juin 2009 22:39    Sujet du message: Répondre en citant

dj pierrot a écrit:


Carcass est vraiment déjanté (putain le clip... et ce rythme saccadé...). J'aime bien mine de rien ^^


Sacrée (ef)fusion en effet! lol

Bon boulot et j'attends la suite ac une certaine curiosité même si pour ce qui concerne les 80's, je ne devrais pas trop être dépaysé.

@Barbapopo: en 1984 il y'a aussi ça, "Rock Box" mais j'imagine que tu en parleras par la suite.
_________________
la la

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barbapopo
Fantomaths


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MessagePosté le: Sam 27 Juin 2009 23:39    Sujet du message: Répondre en citant

à DJ Pierrot : Carcass ?? Je n'en ai pas parlé ici, je crois !

Sinon, oui, c'est encore assez "raw" pour le moment ; on en est qu'au début du mouvement, aux origines... La suite sera certainement plus juteuse, et plus accessible musicalement !


à Kal : oui, merci de compléter ! Run DMC n'est pas un groupe que je maîtrise très bien... mais plus je creuse, plus je me rends compte de mon erreur !

J'en parle évidemment dans la partie qui vient ; mais, avant de resserrer les boulons pour ce sujet, je ne savais pas qu'ils avaient pondu autant de chansons rap-rock que cela !

Ces mecs étaient des putain de précurseurs, c'est impressionnant.
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Fishbowlman



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MessagePosté le: Dim 28 Juin 2009 1:37    Sujet du message: Répondre en citant

Arf, le reggae des Bad Brains tient plus de la blague qu'autre chose. Je l'avais fait écouté à mon frangin, grand spécialiste en reggae, il m'a affirmé que les Bad Brains jouent du reggae très mal. La reprise des Beatles en reggae, Day Tripper, reste quand même culte. Disons que leur reggae servait surtout à ralentir les concerts après 10 titres ultra-speeds lol Bad Brains reprenait à leurs débuts Ace Of Spades de Motörhead bien plus rapidement que l'originale.

C'était surtout le chant allumé qui apportait la touche "rasta" dans leur hardcore bourrin. Mais leur album vraiment "fusion", c'est bien Rise en 1993, plus commercial, moins bourrin et très bon, dommage qu'il n'ait pas rencontré le succès des Faith No More et Red Hot. Noter aussi que le chanteur n'est pas le même que sur les autres Bad Brains :
http://www.youtube.com/watch?v=b41sR6dJ8AE
http://www.youtube.com/watch?v=vy0SG6SuA6Q
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dj pierrot
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MessagePosté le: Dim 28 Juin 2009 11:11    Sujet du message: Répondre en citant

barbapopo a écrit:
à DJ Pierrot : Carcass ?? Je n'en ai pas parlé ici, je crois !


Pardon, je parlais de Cardiacs bien sûr ! :)
_________________


http://www.myspace.com/onehalfmonad
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Dr Gonzo



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MessagePosté le: Dim 28 Juin 2009 12:45    Sujet du message: Répondre en citant

Fishbowlman a écrit:
Arf, le reggae des Bad Brains tient plus de la blague qu'autre chose. Je l'avais fait écouté à mon frangin, grand spécialiste en reggae, il m'a affirmé que les Bad Brains jouent du reggae très mal.


Et dire qu'ils tournent encore a l'heure actuelle... Ton frère devrait les prévenir avant qu'ils ne sombrent dans la disgrâce il est encore temps.
_________________
Peut-être oui, mais finalement, hein? Alors, bon.
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Fishbowlman



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MessagePosté le: Dim 28 Juin 2009 13:44    Sujet du message: Répondre en citant

Trop tard, ça fait un moment qu'ils y sont tombés... depuis 15 ans, au bas mot.
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barbapopo
Fantomaths


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MessagePosté le: Lun 29 Juin 2009 11:40    Sujet du message: Répondre en citant

86-87 : « Le soleil se lève ! »

En 1986, la fusion – la vraie, la pure, celle qui posera les canons du genre – déboule d’où personne ne l’attendait.

Le groupe de hip-hop new-yorkais Run D-M-C rentre alors en studio pour pondre un successeur au curieusement nommé King Of Rock. Curieusement ? Pas si sûr… Entité fondatrice du rap, le trio vient en effet d’aligner deux monstres en 84 et 85 : deux skeuds qui, non contents de poser les bases du son hip-hop tel qu’on le connaît actuellement (boîte à rythme + samples + scratchs, un changement radical pour l’époque) croisent déjà leur trouvaille avec des guitares rock. « Croisent », ou plutôt « mixent » : car c’est bien sur des samples que reposent les étonnants Rock Box (84), King Of Rock ou même Can You Rock It Like This (85).

De la vraie fusion, peut-être même l’une des premières… mais qui devra attendre l’album de 86, Raising Hell, pour interpeller la sphère métal… et même sauter aux oreilles du monde entier !

Le schéma reste pourtant similaire. L’idée de la septième piste est d’abord de sampler le riff d’une ancienne chanson d’Aerosmith, Walk This Way, sortie en 75 sur le culte Toys In The Attic. Mais ce vieux renard de Rick Rubin, producteur au nez plus creux qu’un slow d’Europe, encourage le groupe à pousser l’idée jusqu’au bout, et à reprendre la chanson de A à Z… avec (pourquoi se faire chier ?) l’aide de Steven Tyler et Joe Perry themselves.

Le coup d’essai devient coup de maître : la mixture marche. Elle fonctionne même tellement bien que cette chanson, non contente d’être un carton mondial sur la planète MTV, reste aujourd’hui l’un des morceaux de fusion les plus fun et les mieux construits qu’il soit donné d’entendre. Ajoutez à cela un clip bon enfant, 100% eighties (on voit, littéralement, les groupes décloisonner les deux univers), et une production qui ne vieillit miraculeusement pas, et vous obtenez l'étincelle, le coup de chalumeau qui manquait pour enflammer toutes les mèches.



Le clip de Walk This Way : tout un symbole.



Mèches qui, parallèlement, n’ont cessé de s’allonger : Fishbone a sans conteste étoffé son cocktail funk-ska-rock-punk-new-wave sur le rafraîchissant In Your Face (86), album attachant, bordélique, délirant, mais manquant légèrement de consistance (cf Cholly ou When Problems Arise, qui, derrière sa légèreté et son indéniable loufoquerie, fusionne mine de rien les styles avec maestria – appréciez au passage les chorégraphies !).

Un groupe d'ex petits punks blancs, les Beastie Boys, largue un premier album de légende, Licensed To Ill, où leur rap teigneux vient bomber du torse contre des grattes saturées, le tout sur un squelette de batteries samplées, scratchées, voire piquées à droite et à gauche. Celle du morceau d'ouverture, Rhymin and Stealin', devrait vous rappeler quelque chose ; et les connaisseurs s'amuseront sûrement en écoutant She's Crafty.

Les Bad Brains ont quant à eux sorti leur chef d’œuvre officiel, I Against I : enfin doté d’une production digne de ce nom, cet album voit la disparition (provisoire) du reggae, ainsi qu’un ralentissement certain des tempos. Le résultat ? Plus vraiment « punk », pas vraiment « hard », la musique du groupe se coince confortablement le cul entre quatre chaises, et sa fusion – encore très crue – prend le temps de décliner les ambiances, de développer les saveurs... Un cheminement parfaitement résumé par le titre I Against I ; sans oublier les couleurs nouvelles que viennent apporter, par exemple, le hard-funk de She’s Calling You (irrésistible), ou le phrasé presque rap de Return to Heaven.



Bad Brains / Fishbone. Pas vraiment le même trip.



Le vent du succès commence à gonfler toutes les voiles des branleurs en bermuda, qui dès lors battent un pavillon résolument fusionnesque : les Red Hot ont raffiné leur formule sur The Uplift Mofo Party Plan (87), boostant leur funk tête-à-claque d’un rap alien made in Kiedis, ainsi que de riffs rock (voire métal) sensiblement plus grassouillets. Cette mixture hérissée de slap décroche ses premières places dans les classements, ainsi qu’un début de succès critique bien mérité. Rien à voir avec le funk un peu pataud des albums précédents : le groupe est sorti d’un coup de sa gangue, la formule et le « son Red Hot » éclatent à l'unisson, qu’il s’agisse de groover comme des porcs sur Fight Like A Brave, ou d’accrocher un hit inoubliable avec Behind The Sun.



La première mouture des Red Hot ne pâlit pas tant que ça face à la seconde, surtout en live.



La même année, toujours mené par Chuck Moseley, Faith No More a quant à lui rassemblé ses cartouches sur Introduce Yourself, un album de fusion noire d’où quelques scories de rap émergent, surfant quelque part entre les riffs du trashisant Jim Martin, et les nappes résolument new-wave de Roddy Bottum. Un alliage certes plus profond, d’où tout délire n’est pas exclu (cf les clips de Anne’s Song ou We care A Lot), mais qui ne remporte à l’époque qu’un solide succès d’estime.



Première pochette d’Introduce Yourself, qui contient des vrais bouts de fusion « cérébrale » à l'intérieur, comme Chinese Aritmetic.



Mais peu importe, la machine est en marche : en 87, à l’heure où les glamouzes et le hard FM tiennent le haut du pavé, Anthrax ose un pacte avec le diable sur I Am The Man, délire de rap-métal ayant plus une valeur historique que réellement musicale. Dans un coin perdu de Californie, cinq lycéens peaufinent une mixture de death metal et de ska grimaçant, sous le patronyme de Mr.Bungle (plus de détails ici).

L’ennemi est dans la place, le cheval de Troie vient de pousser les portes : mais, plutôt que de se tirer la tronche, assiégeants et assiégés vont se mettre à tomber l’armure, et donneront bientôt naissance à d’incroyables centaures.

Les belles heures commencent.



Les albums à retenir

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CCC
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MessagePosté le: Mar 30 Juin 2009 20:02    Sujet du message: Répondre en citant

Génial, ce topic est putain !!


De rien.



>CCC<
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painlesslady
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MessagePosté le: Mar 30 Juin 2009 20:14    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Popo pour ce super boulot.
Je ne connais pas grand-chose à la fusion (à part un peu de Red Hot et de Beastie Boys). J'écoute du Faith No More sans savoir que c'est de la fusion, tiens. Ça va être l'occasion de s'instruire un peu et de faire des découvertes.
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Christophe1974
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MessagePosté le: Mar 30 Juin 2009 21:15    Sujet du message: Répondre en citant

"Putain, ce topic est génial !"

Tu sais que j'apprécie ton travail. Nous avons déjà discuté plusieurs fois de fusion.

Et Frank Zappa, c'est aussi de la fusion...
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Lucificum
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MessagePosté le: Mar 30 Juin 2009 22:17    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai pas tout lu, mais bordel...il FAUT pouvoir mettre ce genre de dossier en ligne sur le site...à quand la section ?

Bravo.
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barbapopo
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MessagePosté le: Mer 01 Juil 2009 0:18    Sujet du message: Répondre en citant

88-91 : «Temps magnifique en milieu de journée »

A partir de 1988, c’est un feu d’artifices.

Plus question de cloisonner les styles, ni même de les alterner au sein d’un seul album : c’est dans le creuset même d’une chanson que l’alchimie va maintenant bouillonner.

Les black, comme d’habitude, sont les premiers sur le coup. Ainsi, les brindzingues de Fishbone continuent de rompre les digues, et plantent au passage leur premier album de légende, Truth & Soul (88). Dès les premières secondes de la galette, c’est officiel : le métal intègre en fanfare cette immense « bouillabaise » qu’est la musique de Fishbone, reboostant au groove métallique le Freddie’s Dead de Curtis Mayfield. Pour le reste, c’est une sauce ska-pop-new wave encore plus charnue et réjouissante qu’aupraravant (voir Ma & Pa et le slap supersonique de Bonin’ In The Bonyard).



Fishbone : le plus grand groupe de live de tous les temps ?



De l’autre côté de l’amérique, New-York entre en ébullition : tandis que les Bad Brains remettent du reggae dans leur tasse de punk (Quickness, 88) deux « all-black band » essentiels crèvent enfin le bitume. A ma gauche, Living Colour ; à ma droite, 24-7 Spyz. La même formation (basse-guitare-voix-batterie), le même niveau technique ébouriffant ; un guitar-héro de chaque côté (le jazzeux-shreddeur Vernon Reid pour les uns, le plus groovy et « Hendrixien » Jimi Hazel de l’autre) ; mais deux fusions « black » radicalement différentes.



Living Colour incarne le côté clair, carré, « droit au but » : mixture parfaite de hard technique, de glam bombastique, et d’un funk tendu comme un fute de James Brown, le groupe s’impose dès la sortie de Vivid (88) comme une machine à tubes incontournable. Cult Of Personnality, porté par la puissance vocale de Corey Glover, déchire MTV pendant des mois, et marque les esprits malgré son riff impair et son statut d’OVNI pop-funk-metal-groove. Idem pour Open letter To A Landlord ou le moins essentiel Glamour Boys.





Les « Spyz », qui déboulent pour leur part en 89 avec le foutraque Harder Than You, sont le complément parfait de la bande à Glover. Ils représentent l’ « autre moitié » de la fusion black, celle qui récupère à son compte des éléments de hard AC/DCien, de soul, de funk-mellow, de reggae, et de punk typiquement new-yorkais (gros chœurs de bourrins sur les refrains). Très no future dans l’esprit, c’est le désordre le plus complet tant sur album que sur scène, (un échantillon ici), et, en véritables fils des Bad Brains, ces montagnes russes qualitatives coûtent – et coûteront toujours – aux Spyz la reconnaissance d’un « vaste » public. Sans compter leur vocaliste P.Fluid, d’une versalité parfois rebutante, capable du meilleur (Ballots Not Bullets) que du pire (notamment ses jappements légendaires, casés à toutes les sauces, et lourdingues au néophyte).


Le vent du crossover se lève également en Europe avec les hollandais d’Urban Dance Squad, premier groupe de rock à faire copuler ses grattes aux délires d’un DJ (Mental Floss For The Globe, sorti en 89). Plus qu’une « machine à scratch », l’utilisation des platines est ici basée sur l’échantillonnage à toutes les sauces : du coup, même si le flow monocorde et haut perché de Rudeboy a tendance à linéariser légèrement l’ensemble, on se retrouve avec un rock ciselé (le guitariste semble se réinventer à chaque piste), incrusté d’éclats de samples en permanence. Un beau travail d’expérimentation, comme le démontrent les cuivres cisaillés du premier single, Fast Lane, ou la salsa-mutante de Deeper Shade Of Soul (qui contient un morceau de Ray Baretto passé à la moulinette).


Urban Dance Squad : une recherche inédite sur les sons.



Hélas ! Comme beaucoup de réactions chimiques, la fusion est instable. Hillel Slovak, guitariste fondateur et mentor des Red Hot, a disparu l’année précédente… pour des raisons chimiques, justement ; le groupe touche le fond, Jack Irons remballe ses toms afin de cuver sa dépression. De façon moins dramatique, le line-up historique des Bad Brains se désagrège après le départ de H.R, qui bien sûr emporte son frangin batteur dans les cartons. Un domino poussant l’autre, Chuck Moseley (fraîchement débarqué de Faith No More pour cause d’instabilité, d’alcoolisme et de connerie caractérisée) glandouillera quelques temps chez les mêmes Bad Brains – sans fruit – avant de disparaître dans le warp, et de laisser son premier groupe décapité…

Pour les deux combos californiens, ce line-up martyrisé aurait pu signer la fin en queue de poisson d’une carrière prometteuse. Que nenni. Les deux, après avoir touché le fond, rebondissent en 89 de façon éblouissante.

Les Red Hot, en premier, embauchent pour leur renaissance un jeune et un vieux : John Frusciante à la guitare, tout juste majeur, et Chad Smith, vieux briscard du groove qui, dixit Flea, « fait littéralement naître le feu sous son kit ». Banco ! Le groupe a trouvé là son carré d’as magique, la formation des grandes heures : grandes heures qui commencent directement sur un Mother’s Milk (89) d’anthologie, véritable jalon dans l’histoire du rock… encore qu’un poil surestimé à mon humble avis. L’album se présente en effet comme une suite de patates rock-funk débridées, certes plus solides, mais fondamentalement moins fun que l’album précédent, et manquant surtout d’accroches réelles sur sa deuxième moitié (sans parler de la production lourdingue et très typée 80’s de Michael Beinhorn). Peu importe : Knock Me Down casse la baraque (c’est bien mérité), les vocations naissent à la pelle en écoutant cet album (« Plus tard, je serai slappeur. »), et les barres de plastic sont plantées pour péter au prochain skeud.


Le cru Pepper 89 : frais… et inégal



Mais la merveille de 89, l’album qui va véritablement faire exploser le mouvement – tant sur le plan artistique que commercial – c’est bien The Real Thing de Faith No More. Vivid de Living Colour avait chauffé le fer à blanc l’année passée ? Faith No More va le battre au point de le pulvériser.


La pochette originale de l’album.

Rien n’était gagné, pourtant : un chanteur camé parti sur un coup de pied au derche, le jeune prodige (18 ans) de Mr Bungle débauché à l’arrache et planté derrière le « maïc », des paroles torchées en une semaine sur un bout de PQ, histoire de coller aux instrus déjà écrites de A à Z, et… et c’est le strike. La fusion totale : onze morceaux inclassables, jubilatoires, un son unique, cinq musiciens amenant chacun son matériau, sa couleur différente… et dont les cinq lignes, miraculeusement, s’harmonisent sur des compos parfaites, évidentes et lumineuses…
L’album est si bon, si frais, si indémodable, qu’ils s’attire aussitôt l’admiration des Metallica et autres Gun’s, et que des gens comme Johnatan Davis (Korn) s’en souviendront dix ans plus tard en ces termes : « A l’époque de sa sortie, je n’écoutais plus que cet album. Je l’écoutais en boucle, du matin jusqu’au soir. » Porté par la déferlante Epic, sorte d’apothéose fusionnesque matraquée sur MTV, le groupe s’embarque pour une tournée mondiale, immortalisée par l’excellent Live At The Brixton Academy sorti l’année plus tard.




Vous m’excuserez d’en foutre un peu partout ; le fan doit s’exprimer.



Et nous voilà : à l’heure où les thrasheurs tiennent le haut du pavé, où les monstres du genre s’abattent régulièrement dans les bacs (les ogives And Justice For All, Rust In Peace et Season In The Abyss, sont larguées en 89 puis 90), le vent du « tout fusion » se lève sur l’autre part de la scène. Désormais, les scratchs, le groove, voire même le phrasé rap, ont droit de cité dans les groupes de métal dits « traditionnels ».


Les oubliés de Mordred ouvrent le bal. Ce sympathique combo californien, toujours incapacité par un chanteur à la limite de l’amateurisme, est en effet le premier groupe de trash à s’adjoindre les services d’un DJ pur jus, Aaron « Posse » Vaughn. Un premier pas un peu timide, car le scratch intervient seulement sur deux titres de leur premier effort Fool’s Game (89) (qui propose par ailleurs un techno-trash de facture plus conventionnelle, égratigné ici et là de quelques slaps). Mais le succès surprise de l’excellent single Everyday’s A Holiday pousse le groupe à intégrer Posse dans le line-up permanent, et à enfoncer le clou de cette formule.



Scott Holderby de Mordred : quand on l'écoute, nous, on serait plutôt vert...



Niveau métaul qui tâche, les gros punkeux de Suicidal Tendancies ont monté leur side projet Infectious Groove, et s’offrent un énorme banana-split de punk, de funk et de slap à tout va : The plagues that makes your booty moves en 91, avec le dieu Trujillo à la basse. Phacochère à voix de moineau, le maître de cérémonie Cyco Miko semble paradoxalement le « maillon faible » de cette machine de guerre : mais comment résister à cette basse, ainsi qu’à cette paire de guitaristes "regliss mint", l’un roi de la cocotte funk, l’autre maître-thrasheur, tous deux jouant en même temps sur chacun des morceaux ? Comment ne pas bander en écoutant Punk It Up ou encore Therapy (Ozzy inside) ?



Infectious Grooves : "Tu mens… et ton haleine pue”



Un coup d’œil au reste de la sphère métal montre que la gangrène est en marche sur tous les fronts. On verra bientôt Phil Anselmo taquiner le phrasé rap sur No Good (Attack The Radical) de 92, ou Prong couper leur hardcore écorché d’un groove de malade (Beg To Differ 90) ; en attendant, Pantera sort l’album de groove-metal par excellence (Cowboys From Hell), et leurs potes d’Anthrax remettent le couvert en 90 avec Public Enemy, sur une compo « fusion » autrement plus sérieuse que leur pochade de 87 : Bring The Noise.



--------------------------->La suite ici !!


Dernière édition par barbapopo le Mer 01 Juil 2009 20:53; édité 2 fois
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